Longtemps avant Claude François, les lumières du phare d'Alexandrie se reflétaient déjà sur les murs d'une fabuleuse bibliothèque, symbole universel de la connaissance.
C'est l'histoire d'une conquête sur les hommes, sur les territoires et, bien sûr, sur le Savoir : en fondant la ville d'Alexandrie vers 330 av. J.-C., Alexandre le Grand jeta les bases d'une cité qui allait vite devenir le premier port d'Egypte. Source de rayonnement de la civilisation hellénistique, Alexandrie doit sa bibliothèque à Ptolémée, l'un des généraux d'Alexandre qui s'était vu attribuer l'Egypte à la mort du grand chef. Il se fixa un objectif clair et gigantesque : acquérir toutes les oeuvres écrites de l'humanité !
Il fut d'abord demandé à tous les souverains et hommes d'Etats de faire parvenir à Alexandrie les ouvrages considérés comme essentiels pour y être copiés. N'importe quel navire effectuant une escale dans le port se voyait confisqué tous les livres présents à bord que les scribes recopiaient avec patience. Et si un ouvrage original présentait un immense intérêt, il restait à la bibliothèque, le navire ne récupérait que la copie. Dans cette oeuvre colossale dédiée au savoir, mythe et réalité se confondent parfois... On raconte par exemple que 72 rabbins furent isolés sur l'île de Pharos située en face d'Alexandrie pendant 72 jours pour y traduire la Bible.
Des millions et des millions de vers durent rédigés en Grec, des centaines de traducteurs officiaient à plein temps pour alimenter le catalogue de la bibliothèque. A son apogée, elle abritait plus de 700.000 ouvrages sous forme de papyrus. Construite aux abords du palais royal, la bibliothèque ne suffisait plus pour accueillir tout son stock et un second bâtiment dut être édifié. En 47 av. J.-C., Jules César assiégea la flotte d'Alexandrie qu'il incendia, le feu se propagea et détruisit une partie de la bibliothèque qui fut ensuite reconstruite.
Tombée sous la coupe des Arabes en 690, Alexandrie affronta la pire menace de son histoire. Le général Al-as Amrou ordonna à ses troupes la destruction immédiate de tous les ouvrages afin d'obtenir du combustible permettant de chauffer les bains de la ville. Dans l'esprit du conquérant, si ces livres étaient conformes au Coran, ils se révélaient inutiles et si ils étaient non conformes, ils méritaient le feu. Loin de cette fureur barbare mais dans le droit fil de la légende d'Alexandrie, l'Unesco et le gouvernement égyptien ont édifié à la fin du XXè siècle la Bibliothèque moderne du monde méditerranéen à l'emplacement même désigné par Ptolémée.
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